CAN 2022 : les clubs européens mauvais prêteurs

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Ce dimanche, tous les regards africains et ceux amoureux du vrai ballon rond, se sont tournés vers le Cameroun en communion de ce moment phare du continent : le lancement de la CAN 2022 (Coupe d’Afrique des Nations), qui doit se dérouler du 9 janvier au 6 février 2022. Toutefois, rarement une telle compétition footballistique n’aura d’ores et déjà été autant critiquée par les clubs européens. Ceux-ci plus enclins, habituellement, à puiser dans les ressources du continent, s’agacent du départ massif de leurs joueurs africains vers le Cameroun. Pourtant la CAN, organisée tous les deux ans, est un véritable besoin plus qu’un luxe pour l’Afrique.

Une concurrence de compétitions en pleine saison

Ces derniers mois, les organisateurs de la CAN 2022 se sont vus destinataires de nombreux commentaires peu aimables venus du « vieux continent » et notamment des dirigeants de clubs européens. Une fronde sans précédents dans l’histoire du football mondial, les mastodontes ne tolérant plus de voir leurs joueurs africains rejoindre légitimement leurs formations nationales afin de faire briller leurs étendards respectifs, au nom du sport et de sa promotion sociale notamment, sur leurs terres ! « La CAN nous prend sept à huit joueurs », s’est par exemple exclamé l’entraîneur du FC, Metz Frédéric Antonetti, club évidemment bien fourni en joueurs africains. Puis de rajouter : « C’est énorme, c’est un jeu truqué, faussé. Comment peut-on avoir des compétitions internationales durant des compétitions nationales ? ». De son côté, l’Association européenne des Clubs (ECA) avait d’ores et déjà tenté un torpillage de la CAN, le 10 décembre 2021, dans un courrier adressé à la Fédération internationale de football (FIFA), dénonçant un départ massif de joueurs africains vers la CAN 2022 arguant d’un « contexte sanitaire mondial dégradé par le variant COVID Omicron ». Bien entendu, ce même variant n’ayant aucun impact sur les territoires occidentaux ! Le 19 novembre 2021, le World Leagues Forum, rassemblant quarante ligues nationales de football professionnel, avait déjà saisi la FIFA de cet argument.

La CAN, quotité négligeable du football mondial ?

La Coupe d’Afrique des nations, un tournoi marginal ? Pas si sûr, hormis un défaut majeur et dérangeant : être l’une des seules grandes compétitions, à l’instar de la Coupe du monde, à se dérouler dans le même temps que les championnats nationaux européens. Pour autant, rien de nouveau sous le soleil, selon l’adage : la CAN, dont la création remonte à 1957, a connu différents agendas d’organisation. Le plus souvent au mois de mars durant les années de 1970 à 1980. Ce n’est qu’à partir de l’édition de 1996, rassemblant pour la première fois de son histoire seize équipes, que la CAN s’est fixée régulièrement en janvier. Et c’est à cette même époque que la décision dite « Bosman » a permis aux clubs du vieux continent le recrutement massif de joueurs étrangers. Et c’est ainsi qu’en 1996, sur les 350 joueurs engagés dans la compétition africaine, pas moins d’une centaine évoluent simultanément en Europe.

Lors de la compétition de 2006, ils sont près de 200 sur les 370 joueurs à destination de l’Égypte. Enfin en 2017, plus de 300 joueurs africains quitteront le temps de la CAN organisée au Gabon, leurs clubs européens, sans sourcillements particuliers.

Une réforme nécessaire qui verse de l’huile sur le feu

En juillet 2017, la Confédération africaine de football (CAF) précisait que la CAN se jouerait dorénavant non plus à seize équipes, mais à vingt-quatre. Une compétition par conséquent plus longue d’une semaine supplémentaire la portant à quatre, augmentant le nombre de matchs d’une vingtaine de rencontres, et bien évidemment mobilisant beaucoup plus de joueurs sur les terrains (552 contre 368).

Aussi, la CAF d’envisager que la CAN aurait potentiellement lieu au moins de juin voire juillet, à l’instar d’autres compétitions internationale telles que le Championnat d’Europe des nations (EURO) ou bien encore la Copa America. Potentiellement, car non gravé dans le marbre, preuve en est de la bonne volonté de la CAF d’organiser l’édition 2022 ayant démarré la veille, soit en janvier.

Plus difficile à appréhender pour les pays occidentaux, le choix d’un calendrier cohérent est aussi dicté par la raison météorologique. Effectivement, et pour qui connaît l’Afrique, sait que la saison des pluies dans une large partie des pays d’Afrique de l’Ouest et centrale, s’invite dans cette même période de début d’été, soit à partir du mois de juin. Alors même à imaginer qu’un déroulement de la CAN à ce moment satisferait les caprices européens, sans nul doute que les conditions tant d’organisation que de jeux, en seraient fort perturbées, voire calamiteuses. Ce qui bien entendu, redonnerai du grain à moudre aux détracteurs d’une coupe des nations africaines, jouée par des africains.

La FIFA a d’ailleurs reconnu implicitement le problème. Le 20 décembre dernier par la voix de son président Gianni Infantino, sous la pression des riches géants européens, a proposé que la CAN soit dorénavant programmée en automne. Pour l’heure, aucune réponse ou bien encore de discussions ne semblent à l’agenda de la Confédération africaine sur le sujet.

Protectionnisme exacerbé à géométries variables ou non du continent européen et d’ailleurs, l’actuel patron de la Confédération africaine de football Patrick Motsepe, a d’ores et déjà fait savoir que son organisation ne pouvait, contre vents et marées, se passer ou bien encore même risquer, des recettes estimées à plusieurs dizaines de millions de dollars générées par la CAN.  Alors que le budget de l’institution actuel n’est que de 134 millions de dollars… Une goutte d’eau dans les finances du football mondial en comparaison des budgets individuels des clubs européens.

Une réflexion qui devrait réveiller un semblant de fair-play, si ce n’est d’humanité, des ogres du ballon rond

 

 

Gabrielle M