Conférence publique de la 4eme voix, la voix des sans voix sur la fête du travail 1er mai 2022 

Le Président de la 4eme voix, Dr Théophile Soko Waza, a animé  ce samedi 30 Avril, une conférence publique à son siège à yopougon  sur le thème: «fête du travail 2022 : Quel bilan social des travailleurs en côte d’ivoire ».

Le premier mai,  il est de coutume de célébrer la fête du Travail, c’est dans cette optique que  le conférencier s’est prononcé  sur  le bilan social des travailleurs en  Côte d’Ivoire.

Nous vous présentons dans nos lignes l’exclusivité de la conférence prononcée par  Dr Théophile Soko Waza, Président de la 4eme voix.

La fête du travail version 2022 est l’occasion pour nous de faire le bilan social des travailleurs en  Côte d’Ivoire comme nous le faisons chaque année pour analyser et voir comment les Ivoiriennes et les Ivoiriens sont traités par la politique sociale du gouvernement découlant normalement de nos performances économiques et de nos choix politiques.

Nous avons donc identifié plusieurs ratios comme instruments d’analyse de performance de notre politique sociale et nous voulons les parcourir avec vous. Nous nous mettons dans la peau du citoyen ordinaire pour faire cette analyse selon ses souhaits pour se sentir pris en compte par l’Etat sur le plan social.

Les travailleurs en côte d’ivoire peuvent être classés en quatre grandes catégories notamment :

  1. Les travailleurs du secteur privé
  2. Les employés de l’état
  3. Les travailleurs libres et du secteur informel
  4. Les travailleurs indirects de l’état

Quand l’on interroge le travailleur sur les paramètres qui entrent dans son bien-être social, celui-ci cite les éléments suivants :

  1. La rémunération et pouvoir d’achat
  2. La santé
  3. e développement humain
  4. La sécurité Sociale et la protection de l’emploi
  5. Le logement et le cadre de vie

1/ LA REMUNERATION – POUVOIR D’ACHAT – TAUX DE PAUVRETE

Nous notons une amélioration ces dernières années du SMIG et de la prime de transport. En effet, le SMIG qui était resté au niveau de 36 607 FCFA par mois sur plusieurs années ne permettait pas aux travailleurs dans la catégorie concernée de faire face aux besoins vitaux minimum. Celui-ci est passé de 36 607 FCFA à 60.000 FCFA depuis novembre 2013. Pour le District d’Abidjan, la prime de transport passe de 25 000 FCFA à 30 000 FCFA, pour la ville de Bouaké (centre) de 21 000 FCFA à 24 000 FCFA et les autres villes de l’intérieur du pays de 17 000 FCFA à 20 000 FCFA depuis 2020. Cette amélioration du SMIG et de la prime de transport est une évolution positive pour le bien-être des travailleurs de cette catégorie.

Par contre les autres catégories n’ont été prises en comptes dans l’amélioration de leurs salaires et traitements aussi bien ceux de l’état que ceux du privé. Il serait souhaitable que les partenaires sociaux et l’état se penchent sur les autres catégories afin d’équilibrer les salaires et éviter ainsi une injustice sociale.

Nous appelons travailleurs indirects de l’état, tous les agriculteurs et planteurs pour lesquels l’Etat fixe le prix des produits agricoles. Ceux-ci ne bénéficient d’aucune prime de transport, ni d’augmentation de leur revenu depuis de nombreuses années. Alors que l’agriculture demeure le secteur d’activité le plus pourvoyeur d’emplois en Côte d’Ivoire avec 43,5% des emplois. Il serait souhaitable que les travailleurs du monde agricole sentent l’Etat dans sa politique social.

La cherté de la vie est le caractère de ce
qui est cher, coûteux ou qui exige de lourdes dépenses liées au
prix élevé de quelque chose en une période donnée de la vie.
Elle est l’articulation entre la capacité de payer des éléments
de la vie. Cette capacité se traduit par une recherche d’équilibre
entre les revenus globaux et les prix des biens et services vitaux. Et La récente flambée du coût des services publics et la réaction ‘‘vraisemblablement’‘ indifférente du gouvernement aux préoccupations des populations révèlent un sentiment croissant que le taux de croissance économique de la Côte d’Ivoire ne contribue pas à sortir les plus pauvres de leur situation.

Tout le monde est unanime sur la cherté de la vie et le gouvernement aussi. Malgré les mesures prises par le gouvernement, les conséquences de cette cherté de la vie sont présentes. Et les travailleurs ne peuvent ainsi vivre de leur salaire qui demeure toujours au même niveau pendant que les prix des biens de consommables continuent de flamber.

Quand nous associons cela au taux d’emplois vulnérables  situé à un niveau de 70,4% au niveau national ( 64% pour les hommes et 78,9% pour les femmes) et plus élevé en milieu rural où il est de l’ordre de 81,5% qu’en milieu urbain où il est de l’ordre de 57,3%, nous ne pouvons que lancer un appel pressant aux gouvernements de revoir en profondeur la situation sociale des travailleurs.

QUELLE POLITIQUE SOCIALE POUR LES CHOMEURS EN COTE D’IVOIRE ?

Voici des hommes et des femmes qui ont contribué au développement du pays mais qui pour une situation de conjoncture ont perdu leurs emplois. Malgré les cotisations faites à la CNPS et les impôts payés à l’Etat, ils se retrouvent sans soutien social dans ces périodes difficiles.

Voici ce que propose l’état :

  • 50 000 francs CFA par mois pour les cadres et les agents de maîtrise soit 150 000 francs CFA par trimestre.
  • 80 000 francs CFA par an pour les employés et ouvriers.

Nous préconisons que :

  • Ces sommes soient réévaluées a la hausse afin de permettre aux chômeurs de vivre plus dignement ;
  • Ces allocations soient catégorisées en fonction de la durée de travail accompli.

2/ LA SANTE PUBLIQUE ET ECHEC DE LA COUVERTURE MALADIE UNIVERSELLE

La loi de finance 2020 consacre 16,6% à la santé conformément aux engagements pris par le gouvernement lors de la conférence d’Oslo sur le financement de la santé. Avec le ratio d’un médecin pour 6 000 habitants, les populations rurales éprouvent des difficultés à accéder aux soins basiques de santé. Les hôpitaux publics sont en nombre très insuffisants et sous équipés. La crise sanitaire du COVID 19 est venue nous le confirmer.

Les travailleurs ne  bénéficient pas de la couverture maladie universelle d’une part et d’autre part, les conditions de sa mise en œuvre ne sont pas réunies. Nous proposons une meilleure approche et une analyse plus profonde pour sa mise en œuvre. C’est un échec pour la politique sociale. Malgré sa mise en œuvre, cette couverture n’est pas visible.

3/- /INDICE DE DEVELOPPEMENT HUMAIN (IDH) & TAUX DE SUICIDE

Il s’agit d’un indice statistique composite servant à évaluer la qualité de vie moyenne de la population d’un pays. L’IDH de la Côte d’Ivoire pour 2019 est 0,538. Le pays occupe ainsi la 162ème place sur 189 pays  selon le PNUD, (Programme des Nations Unies pour le développement). Notre pays est classé parmi les pays au développement humain FAIBLE. Elle est passée de la 170eme place en 2018  à la 162eme place en 2019 soit une légère amélioration. – ce qui place le pays dans la catégorie « développement humain faible ». Notre pays doit améliorer très rapidement cet indice qui est révélateur du niveau d’épanouissement des populations.

4/ SECURITE SOCIALE ET PROTECTION DE L’EMPLOI

Les oubliés du système de sécurité sociale en cote d’ivoire

  • Les planteurs et agriculteurs :

En 2018, l’agriculture contribue pour 22,7 % du PIB. L’agriculture participe à la formation de 20 % du PIB et emploie environ la moitié de la population. Principale source d’emplois, l’agriculture ivoirienne et les activités agro-alimentaires concernent 60% de la population active. Mais les acteurs de ce secteur ne bénéficient d’aucune sécurité sociale. Chose que nous considérons comme une injustice criarde.

  • Le secteur dit informel :

L’économie informelle en Côte d’Ivoire oscille entre 30% et 40% du PIB, selon un rapport du Fonds Monétaire International (FMI) – Abidjan.net. Abidjan (Côte d’Ivoire).

Là aussi les acteurs du secteur ne bénéficient d’aucune sécurité sociale et d’aucune couverture maladie.

QUE RETENIR :

La majeure partie de la population (85% à 90%) ne bénéficie d’aucune couverture sociale, notamment les populations du milieu rural, les travailleurs indépendants du secteur informel.

Quant aux Assurances Privées, les coûts des cotisations sont très élevés. Elles ne permettent donc pas à un grand nombre de la population d’y souscrire. Les Mutuelles Sociales ne sont pas suffisamment développées et implantées sur le territoire national.

5/ LOGEMENT ET CADRE DE VIE

Nous ne voyons plus l’Etat s’engager dans la construction des logements sociaux comme c’était le cas par le passé avec la SOGEPHIA et la SICOGI. Les constructions de logement sont devenues uniquement une affaire du privé que nous saluons pour leur dévouement dans ce secteur.

Mais retenons que l’acquéreur d’une maison construite par un privé le fait généralement à crédit avec l’appui de la banque et le constructeur lui aussi construit avec l’appui de la banque. Ce qui nous donne les implications suivantes en charges supplémentaires  pour l’acquéreur :

  • Il supporte les frais et intérêts financiers des constructeurs
  • Il supporte lui-même ses intérêts et frais financiers pour le prêt obtenu
  • Il supporte les bénéfices du promoteur privé

Généralement quand vous bénéficiez d’un prêt immobilier de 10 millions sur 10 ans, vous aurez à rembourser environ au total 21 millions sans compter que la maison livrée par le promoteur devra être remise en meilleure état d’habitation généralement.

Nous disons que l’état peut réduire ces charges supplémentaires par plusieurs mécanismes afin de favoriser les logements des travailleurs en côte d’ivoire.

Pourquoi ne pas instituer pour les travailleurs une épargne logement et une prime de logement pour constituer un fond national de soutien au logement géré par le privé et le public afin de produire chaque année des logements sans charges supplémentaires pour les acquéreurs ? Cette piste de réflexion mérite d’être examinée. Car nous ne comprenons pas pourquoi l’Etat ne propose pas aux travailleurs un parcours d’acquisition de logement dès le début de leurs carrières ?

Nous notons avec regret :

  • L’échec du programme de logements sociaux en Côte-d’Ivoire
  • Il n’existe aucun dispositif durable de financement du logement social et de facilitation de l’accès au crédit immobilier
  • Les quartiers dits précaires prospèrent
  • Une absence d’une politique sociale des logements satisfaisante à ce jour

POUR CLORE

Lorsque nous prenons point par point tous ces indicateurs de performances sur la situation sociale des travailleurs, nous constatons :

  • une absence d’une véritable politique sociale,
  • une discrimination légendaire avec une mauvaise répartition des fruits de la croissance économique. Seuls ceux qui sentent la république ou qui bénéficient des fruits de celle-ci associés à la petite tranche de bourgeois peuvent valablement célébrer la fête du travail. Comme disent les ivoiriens pour imager « on ne travaille pas pour devenir mouton mais on travaille pour acheter mouton ».
  • Une absence d’une politique de logement en faveur de travailleurs
  • Une absence de couverture maladie pour les travailleurs

Alors bonne fête du travail et bonne réflexion à toutes et à tous.

Fait à Abidjan le 30 avril 2022

Dr Théophile Soko Waza

Président de la 4eme voix

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