Gharb: la filière des fruits rouges affiche une bonne santé malgré le stress hydrique

En dépit du spectre du stress hydrique qui plane sur la campagne agricole, la filière des fruits rouges, essentiellement la fraise, la framboise ou encore la myrtille, se montre résiliente et donne même des signes de bonne santé dans le Gharb, qui s’accapare la part du lion des exploitations dédiées dans la région de Rabat-Salé-Kénitra (RSK).

Aussi bien en termes de superficies cultivées que de production prévisionnelle, la région se dirige vers une saison record en 2021/2022, pourtant marquée par une très faible pluviométrie.

Le secret de cette performance réside, entre autres, dans la mobilisation des ressources hydriques nécessaires, leur optimisation et l’utilisation de méthodes d’exploitation modernes, surtout que la filière attire des investisseurs marocains et étrangers de taille, principalement en provenance du voisin du nord, en l’occurrence l’Espagne.

Ces investisseurs ont pleinement adhéré à l’esprit et à la philosophie au programme national « Génération Green 2020-2030 », tout comme son prédécesseur Plan Maroc Vert (PMV), en introduisant de nouvelles techniques et variétés capables de développer et valoriser la filière.

« La région occupe la première place à l’échelle nationale en volume de production des fruits rouges, avec 65% de la cueillette », a indiqué à la chaîne d’information de la MAP (M24), le chef de division du développement agricole à l’Office régional de mise en valeur agricole du Gharb (ORMVAG), Khalid Yakoubi.

Pour la campagne 2021-2022, la superficie cultivée en fruits rouges « s’élève à 5.720 hectares, en hausse de 44% par rapport à la précédente, au moment où la récolte devrait atteindre 172.000 tonnes, aussi en augmentation de plus de 36% sur un an et de plus de 25% en moyenne sur les cinq dernières campagnes », a-t-il expliqué.

Quant à la répartition de la superficie par espèce, le responsable dénombre 2.580 ha pour la fraise (45%) , 1.910 ha pour la myrtille (33%), 1.220 ha pour la framboise (21%) et 10 ha pour la mûre (moins de 1%). Pour ce qui est du rendement, les fraises arrivent en tête avec 74%, suivies de la myrtille (15%), puis la framboise (11%), alors que la mûre ferme la marche avec moins de 1%.

S’attardant sur les exportations durant la saison actuelle, M. Yakoubi a fait état de 18.800 tonnes de fruits rouges en frais et 3.900 tonnes en surgelés, enregistrant respectivement une croissance de 20% et 58% par rapport à la campagne précédente.

Plusieurs facteurs ont contribué au développement de cette filière dans la région RSK, notamment les ressources hydriques suffisantes, les conditions édapho-climatiques favorables et les nouvelles techniques agricoles et des variétés utilisées, à la faveur des mesures incitatives prises par l’État via le Fonds de développement agricole, a-t-il poursuivi.

En outre, les offres d’emploi ne sont pas en reste dans cette dynamique car le secteur se positionne en tant que véritable générateur d’opportunités, particulièrement pour les femmes rurales.

« Quatre millions de jours de travail par an, surtout au profit des femmes rurales, sont assurés par le secteur, tant au niveau des fermes que des unités de valorisation », a précisé pour sa part Mustapha Ait Bella, chef de l’arrondissement du développement agricole Sidi Allal Tazi, relevant de l’ORMVAG, en marge d’une visite dans une ferme de fruits, située à une quinzaine de bornes de la ville Kénitra, chef-lieu de la région du Gharb.

Cette exploitation de 172 hectares s’est installée à proximité de la commune rurale de Mnasra, au bord de la route provinciale reliant Kénitra et Moulay Bousselham, où des champs de serres s’alignent à perte de vue, faisant travailler jusqu’à 700 ouvriers agricoles, principalement des femmes rurales.

Dans cette ferme, des parcelles de fruits rouges sont harmonieusement bien morcelées et séparées l’une des autres en fonction du type de la culture (fraises, framboises ou myrtilles), où des ouvrières s’affairent à la cueillette dans le respect des mesures barrières imposées par le contexte du Covid-19.

« Cette année, nous avons introduit de nouvelles techniques pour la culture des fruits rouges, doublées d’un grand souci de rationalisation de l’irrigation », a déclaré à la MAP l’un des gérants de cette ferme, relevant que la recherche d’une meilleure production les a poussés à recourir aux cultures hors sol (pot).

« Nos partenaires européens, surtout les Britanniques, sont intransigeants quant à la qualité des fraises importées. C’est ainsi que la cueillette des fraises, étant fragiles, nécessite un maximum de vigilance et si la fraise est détachée de sa tige, elle ne serait pas commercialisable chez eux et ferait l’objet de réclamation et de retour », a-t-il confié. Un petit détail anodin en apparence mais qui ne doit pas être négligé.

Par ailleurs et dans la même synergie, des caisses remplies de fruits rouges, en provenance de l’exploitation à bord des camions, atterrissent dans une unité de valorisation, sise à proximité de la zone industrielle de Kénitra, pour faire le circuit selon un protocole rigoureux.

De la réception, puis l’équeutage, ensuite le lavage, ou encore la surgélation et enfin l’emballage, un véritable travail de fourmis qui a été constaté dans les différents compartiments de cette unité de valorisation, où les normes de qualité guident l’ensemble des actions.

Cette unité de valorisation des fruits rouges, en activité depuis 1995, dispose de toutes les autorisations nécessaires de l’ONSSA et du Morocco Foodex et recrute de 200 à 300 ouvriers par campagne, a indiqué dans une déclaration similaire la responsable contrôle et qualité au sein de l’unité, Saloua Choua.

« L’exportation journalière de l’unité oscille entre 35 et 40 tonnes de fraises en frais qui sont en provenance de nos propres fermes implantées à la commune Mnasra », a-t-elle relaté.

L’activité au sein de l’unité, dont la production est totalement destinée à l’export, surtout vers les pays européens, n’a pas été impactée par les conditions épidémiologique, a-t-elle fait observer, notant que la gestion des mesures de précaution dictées par la crise sanitaire impose un défi d’une toute autre nature pour les responsables de cette structure de valorisation.

Sur cette lancée et grâce à la valorisation et le conditionnement de la production via 22 unités implantées à travers la région RSK, avec une capacité moyenne de 660t/jour, les fruits rouges marocains sont exportés à 30 pays dans les cinq continents. Néanmoins, l’Union européenne demeure logiquement leur principale destination. Géographie et partenariat traditionnel obligent !

Avec NDC

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