Défiée par la Chine , la France veut investir dans les mines africaines

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La France planche sur la création d’un fonds d’investissement visant à prendre des positions minoritaires dans les mines africaines. Dans un rapport daté du 10 janvier dernier, remis au gouvernement français, plusieurs industriels préconisent des solutions afin d’assurer l’approvisionnement en métaux critiques du pays.

L’idée est portée notamment par Philippe Varin, ancien PDG de PSA-Peugeot Citroën puis du mastodonte nucléaire Orano, qui estime que l’Afrique est un « domaine naturel » pour un futur fonds d’investissement, qui viserait pour la France de s’assurer de ses approvisionnements en minerais stratégiques. La cagnotte, qui serait abondée tant par des acteurs privés que publics, tenterait de prendre des participations pour l’heure minoritaires, dans des entreprises minières exploitant un certain nombre de ressources devenues indispensables à tous développements industriels telles que le cobalt, le lithium ou bien encore le nickel, dont regorge l’Afrique.

La création de ce fonds serait donc la pierre angulaire de ce rapport rédigé par Philippe Varin à l’intention du gouvernement français, plus largement consacré à la sécurisation indispensable de l’approvisionnement industriel national en matières premières.

Garder une forme de contrôle

Évidemment, le rapport pointe en préambule une trop grande dépendance des pays européens au géant chinois qui, l’histoire récente l’aura démontré, impose de grands risques tant économiques que politiques. Puis de plaider pour que la France dans sa volonté, du moins politique, de réindustrialisation du pays, reprenne le « contrôle de la chaîne de valeur » de ses approvisionnements en minerais par l’acquisition d’intérêts dans des gisements. Sur le versant politique du document, celui-ci insiste également sur le fait qu’il sera quasi impossible de mener à bien une transition énergétique et de garantir la matière première suffisante pour les trois « gigafactories » (batteries, aimants) en projet en France, sans cela.

Actuellement, les investissements français dans les activités minières africaines se limitent à Eramet, qui exploite des gisements de manganèse au Gabon, ainsi qu’Orano qui opère en uranium au Niger et en Namibie.

Quid du timing pour ce rapport

De manière institutionnelle, seul le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) public français, appuie de nombreux États africains notamment dans la cartographie des ressources de leur sous-sol. Or pour l’instant, ce rapport n’est arrivé que sur les bureaux respectifs de Barbara Pompili, ministre de la transition énergétique et celui de la déléguée à l’industrie Agnès Pannier-Runacher. Compte tenu de l’agenda électoral français et de ses possibles bouleversements en sortie, la question du timing quant à l’importance du sujet se pose. D’autant que le dossier est au-delà de l’économie, éminemment géopolitique, tant dans son aspect intérieur qu’extérieur à la France. Peu de candidats à la présidentielle française ont encore dévoilé leurs « visions » des relations que devra entretenir à l’avenir le pays avec l’Afrique, hormis les sempiternelles réflexions quant aux interventions militaires. Ces candidats à la plus haute fonction, à laquelle d’ailleurs est rattachée celle régalienne des relations internationales, auront-ils même connaissance de ce rapport ? Rien n’est moins sûr.

Force est de regretter également que le document qui se veut un plaidoyer, ne s’attarde pas plus sur la forte et en constante progression d’ébullition de la « marmite » continentale africaine, tout autant sur le plan géopolitique, sécuritaire, comme aussi de son propre développement économique.

 


Ousmane Tall